Respirer comme une boule

Toi aussi tu es une boule.
Oui, toi, là !
Va vérifier dans une glace et reviens me dire…

Ayé tu t’es vue ?
Toujours pas ?
Regarde-toi avec un regard d’artiste plutôt : un regard ouvert, imaginatif, sphérique (eh oui ! ce n’est pas par hasard si les yeux sont sphériques, c’est pour mieux voir la vie en boule).

Et là, la boulette, c’est toi.

Tu peux retourner devant la glace.
Ca y est tu te vois en boule ? Coool !

Deux demi-boules

Une boulette, si on regarde de plus près, c’est deux demi-boules. Une en haut, et une en bas, comme le globe terrestre avec une lampe dedans chez Papy et Mamie. La demi-boule du haut c’est pour mettre l’air, la demi-boule du bas c’est pour mettre le reste. Entre les deux il y a une membrane pour empêcher l’air de se mélanger au reste. Cette membrane s’appelle le diaphragme. C’est un très gros muscle. Le plus gros muscle dans une boulette. Il est accroché tout autour de la demi-boule, comme une peau de djembé. Au-dessus il y a deux sacs qu’on a appelé les poumons, sans très bien savoir pourquoi.

Tout aurait pu s’arrêter là. La boulette serait restée avec son air en haut, et ça n’aurait pas fait beaucoup de bruit. Le bruit, c’est l’air qui sort (ou qui rentre des fois, mais c’est moins joli). Si on le fait sortir il n’y en a plus. Il faut le faire revenir, ou mieux, en faire entrer d’autre (plus propre). Comment ?

L’inspiration

Le truc génial, c’est que la membrane entre les deux demi-boules n’est pas au milieu, et elle n’est pas droite. Elle est en forme de cloche. Ou de dôme si tu préfères. Au repos, elle fait une bosse vers le haut. Les poumons sont un peu écrasés au-dessus et ils ne contiennent pas beaucoup d’air. Pour faire entrer de l’air, tu n’as qu’à demander à ton diaphragme de se tendre. Comme il est accroché tout autour de la boule, ça fait descendre le milieu. Le diaphragme devient plat, et ça fait plus de place pour les poumons. L’air entre pour remplir cette place, parce que le vide c’est stressant, alors que l’air c’est plus rassurant.

Et la demi-boule du bas ?

Elle contient des tas de trucs pas nets. On va les appeler les boyaux pour faire simple. Tous ces trucs sont retenus tout autour par des muscles qu’on appelle la ceinture abdominale, ou bouée abdominale pour rigoler, et en-dessous par un paquet de muscles qui ressemblent au diaphragme, mais à l’envers.

    On a appelé ces muscles le diaphragme pelvien parce qu’il se comporte comme un diaphragme, mais ce n’est pas un muscle, c’est un ensemble de muscles :

  • les muscles élévateurs de l’anus (faciles à trouver : ils portent bien leur nom),
  • les muscles coccygiens (ils portent bien leur nom aussi, mais ça n’aide pas du tout à comprendre ^^ … si, je rigole, ils s’appellent comme ça parce qu’ils sont accrochés au coccyx, l’os qui fait mal quand on tombe sur le cul),
  • les piriformes (en forme de poire, tu parles si ça aide :?). On peut les solliciter un peu en pivotant les fémurs vers l’extérieur. Ca peut aider à les repérer.
  • les obturateurs internes : ils servent à rapprocher les jambes. Ca peut être intéressant de chanter avec un coussin serré entre les cuisses pour le sentir
  • Les piriformes et les obturateurs internes ont l’avantage de pouvoir être trouvés par le mouvement des jambes, mais ils ne remontent pas beaucoup le ventre, ce sont plutôt un socle pour les autres. Les élévateurs de l’anus et les coccygiens sont plus difficiles à trouver mais ce sont les plus important pour pousser les boyaux vers le haut.
    Quand ils sont détendus ils sont posés en bas, à l’intérieur du bassin.
    Quand on les contracte ils remontent. Hé ! Intéressant ça ! Je le note pour plus tard 🙂
    On appelle aussi ce petit paquet de muscles le plancher pelvien, parce qu’on s’appuie dessus.

Quand on inspire, évidemment le diaphragme baisse, les trucs en-dessous sont poussés. Ils prennent un peu de place autour en poussant les muscles abdominaux. Ca donne un petit ventre que les chanteuses ont toujours. Pas la peine de rêver de chanter avec le ventre plat. Tu vas te pourrir la vie à t’écraser les boyaux, mais finalement il faudra bien qu’ils aillent quelque part, non ? Et puis c’est joli un petit ventre rond, ça fait craquer les poufinets.

L’expiration

En général c’est le contraire de l’inspiration : tu arrêtes de tirer sur le diaphragme, et il reprend sa forme de cloche. Les muscles de la ceinture abdominale et les boyaux sont tout contents de pouvoir reprendre leur place où ils étaient heureux.

Forcément l’air, il sort. Il n’a pas le choix : il n’est pas très fort, ni très courageux. Quand tu le pousses, il s’écrase. Quand il s’écrase, il se barre.

Si tu mets un truc qui vibre sur son chemin quand l’air sort, ça fait un drôle de bruit qu’on appelle le chant.

Ca c’était la version simple.

L’expiration du chanteur

Pfff bien sûr personne n’a eu l’idée d’appeler ça l’expiration de la chanteuse 😕

Tant pis, on se vengera plus tard.

J’avais bien précisé que l’expiration, ça se passe « en général » comme plus haut. Mais c’est un peu ballot comme respiration. Pour faire un footing ou pour se balader en ville c’est cool hein ? je ne dis pas. Mais pour chanter c’est pas génial.

Pourquoi ? J’aurais dû me douter que tu allais me demander ça.

Ben voilà, le diaphragme c’est un muscle génial, sensible, doux, fort, et très obéissant. Un peu comme un homme parfait, sauf que c’est un muscle. Mais il sert quand on inspire, c’est à dire pas au moment où on en a le plus besoin.

Quand on expire on a besoin de précision, pour mettre tout l’amour qu’on a à partager. Et qu’est-ce qui pousse l’air dehors ? Des gros muscles de déménageurs et des tripes 😯 Aïe aïe, bonjour la tendresse !

Alors là je te laisse retourner devant ta glace. Respire un peu dans tous les sens et cherche une solution.

Tic tac tic tac…

Ayé ?

Bien vu ! La seule solution c’est de continuer à utiliser le diaphragme en expirant.

Mais comment je fais si je l’ai déjà tout tendu pendant l’inspiration ? Eh bien tu ruses.

D’abord tu n’utilises pas ton diaphragme à fond dans l’inspiration. Si tu détends bien tous tes muscles abdominaux, ils laissent naturellement de la place qui va être prise par le diaphragme. Pas besoin de le tendre complètement. On va lui laisser une marge.

Après tu ne veux pas laisser le diaphragme se détendre pour reprendre sa place dans la demi-boule du haut. Tu vas utiliser tes muscles abdominaux pour dire à l’air de sortir, mais demander à ton diaphragme de continuer à l’attirer vers le bas, comme si l’inspiration continuait. Il n’est pas assez fort pour y arriver assez le pauvre, avec toute cette masse de muscles qui lui dit le contraire. Mais comme il est souple et dynamique, il va dire à l’air de sortir avec dignité et élégance.

C’est ce qu’on appelle le soutien ou la connexion parce que les forces se complètent et s’équilibrent. Ca permet plein de trucs géniaux qu’on ne pourrait pas faire autrement : ça enlève le stress, le son est plus stable et plus présent, les consonnes sont plus nette, les fins de phrases sont plus propres, ça aide à faire du vibrato, et ça économise de l’air. Seul inconvénient ? Ca demande plus de travail. Mais ça le vaut bien !

Comment ? On verra plus tard, déjà c’est bien long tout ça.

Juste un petit truc en passant. Cette expiration existe naturellement à un moment bien précis : quand on baille. Surtout quand on baille en faisant du bruit. Instinctivement le diaphragme reste en suspension pour compenser le relâchement de l’attention, et empêcher l’air de sortir avec trop d’énergie. Alors baille un max avant de chanter et ce sera plus facile d’avoir du soutien.

Ah oui ! J’allais oublier…

la vengeance 😛

Tu te souviens du plancher pelvien, qui se comporte comme un diaphragme, mais à l’envers ? C’est là qu’il va nous servir. Parce qu’il est plus précis que les abdominaux, et qu’il pousse les boyaux vers le haut. C’est justement ce qu’il nous faut pour l’expiration. Et comme on a plus de boyaux que les garçons à l’intérieur, on est aussi plus sensible. On se tortille plus quand on danse et on est plus souple. Et aussi les gars ont un truc dans la tête qui les gêne et qui les empêche de bien sentir ce qui se passe par là. Alors ils peuvent y arriver mais ça va leur prendre plus de temps.

Alors respiration du chanteur mon œil, c’est plutôt la respiration de la chanteuse, aussi appelée par les spécialistes la respiration de la boulette 😀

On y go ?

Pas le temps de tout t’expliquer tout de suite, mais pour bien travailler le soutien il faut une chanson avec beaucoup de consonnes longues. La championne c’est La Javanaise de Gainsbourg
Je te laisse chercher